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Selon une étude de la BCE, les banques ont déprécié 320 milliards d'actifs depuis le début de la crise du "subprime". La crise est pourtant loin d'être finie et les instituts bancaires ne peuvent exclure de nouvelles dépréciations à l'avenir. Selon le Fonds monétaire international (FMI), les pertes potentielles liées à la crise pourraient atteindre en tout près de 1.000 milliards de dollars.
(afp) - Les dépréciations d'actifs passées par les banques depuis le début de la crise financière s'élèvent à près de 320 milliards de dollars, selon une étude interne de la Banque centrale européenne (BCE) citée par l'hebdomadaire allemand Die Zeit à paraître jeudi.
Cette étude porte sur une période allant de la mi-2007 --période où la crise des prêts immobiliers à risque américains a éclaté-- à la fin de la semaine dernière, précise le quotidien.
Sur la même période, les banques en difficulté ont fait appel à de nouveaux capitaux à hauteur de 230 milliards de dollars pour faire face à la crise, ajoute die Zeit.Une porte-parole de la BCE, interrogée sur l'existence d'un tel rapport, s'est refusée à tout commentaire.
La crise est pourtant loin d'être finie et les instituts bancaires ne peuvent exclure de nouvelles dépréciations à l'avenir. Selon le Fonds monétaire international (FMI), les pertes potentielles liées à la crise pourraient atteindre en tout près de 1.000 milliards de dollars.
PARIS – Qui n’a entendu parler du « choc des civilisations ? ». Inventé par Samuel Huntington, l’expression est vite devenue universelle. Dans les années 50, l’économiste français Alfred Sauvy avait rencontré un succès comparable avec le terme de « tiers-monde. L’une des raisons pour lesquelles ces expressions sont facilement acceptées est qu’elles n’obéissent à aucune définition claire. Le « choc des civilisations », en d’autres termes moins élégants, l’Occident face au reste du monde, est censé décrire la réalité. Mais, « Occident » est assez vague pour inclure une vaste gamme de nations et de cultures sans décrire leurs caractéristiques communes.
Mais, qu’est-ce que l’Occident ? Que signifie occidentalisation ? Pourquoi le Japon est-il considéré plutôt comme occidental et non la Chine ? Où situera-t-on Shanghai ? La Russie fait-elle partie de l’Occident ?
De ces incertitudes, il est évident que l’Occident n’est pas une entité géographique. Probablement, est-il né d’emblée, instauré comme état d’esprit lorsque les Grecs, il y a 25 siècles, se perçurent comme d’Occident face aux Perses d’Orient. Ayant perdu toute base territoriale simple depuis lors, « l’Occident » a toujours été un concept universel plus qu’une notion géographique.
être occidental ou occidentalisé, c’est avant tout épouser une façon de penser qui ne correspond pas à un continent particulier, ni à une nation ou religion spécifique. L’erreur de Huntington, me semble-t-il, a été d’enfermer l’Occident dans des frontières nationales, alors qu’il n’existe pas de carte de l’Occident.
Aucune représentation géographique de l’Occident n’est viable puisque certaines nations asiatiques sont devenues occidentales (Japon, Taïwan), tandis que des groupes non occidentaux (musulmans en Europe) vivent dans des pays dits occidentaux, que des pays orientaux sont partiellement occidentalisés et que des pays occidentaux (Russie) ne sont pas totalement occidentalisés. Il paraît plus simple de définir les frontières mentales de l’Occident que son territoire.
Cet Occident mental est un état d’esprit que l’on pourrait définir par trois caractéristiques fondamentales que l’on retrouve difficilement dans les civilisations orientales : la passion pour l’innovation, la capacité de l’autocritique et l’égalité des sexes
Le salut employé depuis l’époque romaine, « Quoi de neuf ? » est l’essence même de l’esprit occidental. A contrario, les non Occidentaux placeront plutôt la tradition avant l’innovation. L’innovation en Occident est le socle au fondement des avancées scientifiques : le conflit avec les sociétés non occidentales conservatrices en devient inéluctable. Mais au sein de l’Occident lui-même, la dynamique de l’innovation suscite ce que nous pourrions appeler « l’occidentalisation de l’Occident ».
L’Occident ne cesse, en effet, de détruire ses propres traditions, y compris ses religions. L’économiste Joseph Schumpeter a qualifié ce processus de « destruction créatrice », terme qui pourrait s’appliquer à tous les domaines de la vie. Les conservateurs occidentaux ne sont pas moins enclins à la destruction créatrice que les progressistes occidentaux : il est connu qu’ils inventent des traditions. Ils sont, en somme, plus occidentaux que conservateurs. On pense à Benjamin Disraeli, Premier ministre britannique du XIXe siècle, qui a inventé la plupart des soi-disant traditions anciennes de la monarchie britannique.
Autant que l’innovation, l’autocritique est une caractéristique occidentale. Dans la plupart des civilisations non occidentales, si ce n’est dans toutes, l’orgueuil et l’amour de soi excluent l’autocritique ou au moins la critique de sa propre civilisation. Un savant musulman ou chinois ne peut être défini comme véritablement chinois ou musulman s’il critique son propre monde. Ce n’est pas tout à fait le cas en Occident.
Le savant occidental garde sa légitimité même s’il critique vertement les valeurs occidentales, alors qu’aucun Nietzsche chinois ou musulman n’affirmerait à notre connaissance que son propre dieu est mort. Un Montaigne chinois ou musulman serait-il prêt à écrire que les « Indiens sauvages » sont peut-être plus sages que nous, comme le fit Montaigne au XVIe siècle ?
Il existe probablement des Montaigne ou des Nietzsche chinois ou musulmans, mais il y a peu de chances pour qu’ils soient un jour reconnus comme des figures phares de leur civilisation. L’autocritique – et non l’amour de soi – avec le relativisme culturel qui l’accompagne forment l’ossature de la mentalité occidentale.
Il en va de même pour l’égalité des sexes, même si cela n’a pas toujours été le cas. Que les femmes soient inférieures aux hommes – un préjugé prévalait dans les religions grecque ancienne, juive et chrétienne – est controversé en Occident depuis des siècles. De nos jours, l’égalité des sexes en Occident est la norme, ce qui n’est pas le cas dans une grande partie des civilisations non occidentales. D’aucuns soutiennent que l’égalité des sexes est une conséquence du processus de modernisation et non de l’occidentalisation. C’est peut-être exact ; il n’empêche que le statut des femmes est sans aucun doute l’une des grandes questions qui opposent les musulmans non occidentaux à l’Occident.
Si nous acceptions la définition de l’Occident comme état d’esprit, trois grandes questions restent posées : l’Orient peut-il être modernisé sans être occidentalisé ? Où se passe la frontière entre Occident et Orient ? L’Ouest restera-t-il occidental ?
Jusqu’à présent, l’histoire ne fournit pas d’exemple de modernisation non occidentale. Le discours sur les valeurs asiatiques, qui a vu le jour à Singapour, est essentiellement politique. Ce n’est qu’après avoir embrassé l’innovation à l’occidentale et l’autocritique que les pays asiatiques sont devenus modernes.
Ils n’en sont pas moins asiatiques. Coréens et Japonais d’aujourd’hui demeurent totalement coréens ou japonais mais ils sont plus proches des Occidentaux que de leurs propres ancêtres. De même, les Egyptiens ou Saoudiens modernes sont plus proches des Français ou des Américains que de leurs aïeux arabes.
L’occidentalisation fait-elle des Egyptiens ou des Saoudiens modernes des Arabes moins authentiques ? Ce débat a lieu dans toutes les sociétés orientales : ce qui nous amène au véritable choc des civilisations. Toutes les sociétés contemporaines sont fragmentées entre les pro- et les anti-occidentalisation. Ce choc au sein des civilisations sur le sens de la modernisation est plus lourd de sens que le soi-disant conflit de Huntington entre des entités géographiques.
Cette controverse sur les effets irréversibles de la modernisation, qualifiée aussi de « crise d’identité », n’épargne pas les pays occidentaux. Des groupes de fondamentalistes, non négligeables en Occident même, luttent contre le processus d’occidentalisation au nom de traditions anciennes ou reconstruites. Mais une société occidentale où l’on ne commencerait pas la journée par « quoi de neuf » ne serait plus occidentale.
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Guy Sorman, essayiste et économiste français, vient de publier L’économie ne ment pas (Fayard, Paris, 2008) et The Empire of lies (Ed. Encounter, New York, 2008).
Une banque belge suscite la polémique en proposant une assurance-vie qui permet de profiter de la hausse des matières premières agricoles. Une initiative qui suscite des réactions de la part de ses clients et de la classe politique.
AFP
"Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires !" Tel est le slogan vantant une assurance-vie de la banque belge KBC qui investit dans plusieurs matières premières agricoles. Choqués par ce message qui présente comme une "opportunité" la "pénurie d'eau et de terres agricoles exploitables" ayant pour conséquence "une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires", plusieurs clients et prospects de la banque ont dénoncé une "attitude purement spéculative" alors qu'à l'autre bout de la planète, des gens meurent de faim ou de soif. De son côté, KBC prend la défense de ce produit financier dont le rendement est lié à l'évolution des prix du cacao, du café, du sucre, du blé, du maïs et du soja. Premièrement, la banque estime que l'existence de ce placement n'affecte pas le cours des denrées concernées. "Que ce produit financier existe ou non, les cours de ces matières premières alimentaires ne sont pas influencés, affirme une porte-parole de KBC. Ces prix se décident ailleurs."
Deuxièmement, la banque souligne qu'il s'agit là d'un secteur d'investissement comme un autre. "D'autres matières premières, telles que l'aluminium, le pétrole ou l'or, voient également leur cours grimper fortement", explique-t-on. Troisième argument de KBC, cette assurance permet aux particuliers qui l'achètent de se couvrir contre la hausse des prix alimentaires. "Comme le produit financier est lié à cette hausse, il permet aux particuliers de supporter l'augmentation des frais liée aux prix de plus en plus élevés des matières agricoles, avec en outre une protection du capital", poursuit la porte-parole. Quatrièmement, KBC rappelle que la période de souscription de cette assurance-vie est terminée. Elle s'étalait du 4 au 29 février 2008. Si l'on en parle maintenant, c'est parce que "ce thème est sur le devant de la scène médiatique pour l'instant".
Dans la sphère politique, certains ne sont pas convaincus, loin de là. Le Parti socialiste considère que KBC "propose aux épargnants belges de s'enrichir en affamant encore un peu plus les habitants les plus pauvres de la planète". En réaction, il a concocté une proposition de loi qui "vise à interdire l'offre et la diffusion de produits financiers dont le seul objectif est de spéculer sur la hausse des prix des denrées alimentaires et d'en tirer profit". "Sur le principe, cette proposition va dans le bon sens", estime Bernard Bayot, directeur du Réseau financement alternatif, association qui milite pour davantage d'éthique dans la finance. A travers sa campagne intitulée "Je choisis", le Réseau veut même aller plus loin. "Il faudrait une loi-cadre interdisant les investissements dans toutes les activités qui sont contraires aux engagements de la Belgique en matière de droits de l'homme, d'environnement, etc.", conclut-il.
J'ai particulierement aime la revue sur "un vent d'otpimisme". Il se mouille pas trop le garcon. Au final j'ai eu du mal a comprendre s'il etait acheteur ou vendeur!
Pour la premiere fois en 7 ans le benefice de Toyota va baisser. Je sais je vais etre desagreable (desole a tous ceux qui ont une Toyota) mais il est quand meme temps vu les voitures qu'ils sortent. Car on peut quand meme pas dire qu'ils se creusent trop les meninges en terme de design. Alors de tres bonnes voitures, certes, robustes, certes, et a prix raisonnable, certes. Mais elles sont un peu passe partout. Apres tout l'automobile est aussi un plaisir !
Toyota Avensis: 1er contructeur mondial ex-aequo
Future Opel Insigna: Opel filiale de General Motors (1er contructeur mondial ex-aequo)
Y'a quand meme un moment ou, comme en bourse, les risques -mesures- devraient payer.
Merci pour ces encouragements qui me touchent beaucoup. Mais comme vous le savez, c'est la particularité très intéressante des files de ce forum qui m'a motivé à placer celle-ci.
Concernant l'auteur de ce "vent d'optimisme", on se contentera de dire que ce dernier va certainement dans le sens de la tendance... et de ses intérêts
Merci pour le partage de cet articles Marcd, on a tous quelque chose à découvrir des autres ici
Je vous propose pour clôturer cette belle journée par cette article alarmant concernant le climat et ses effets dévastateurs sur la planète.
A partir de demain soir, je serai absent pour une semaine et je ne pourrai donc pas alimenter cette file durant ce temps
Les lecteurs sont donc toujours inviter à placer ici leurs articles pertinents.
Bonne soirée et à demain
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Prendre la mesure de la montée potentielle des eaux
par Emmanuel Lézy
En Indonésie, en Birmanie, en Louisiane, au Yucatan, la terre cède ponctuellement mais brutalement du terrain face aux eaux de la mer ou du ciel. La forme du monde est en train de changer. Mais est-ce seulement sa forme ? Tout ce que l’on sait, c’est que le tracé des littoraux, donc la physionomie des continents aura fortement changée dans quelques décennies. Quelle ampleur peut-on envisager pour ce changement, pour un horizon qui nous intéresse (2100) qui nous inquiète (2030) ou qui nous terrorise (2012) ? Quelle ampleur maximale peut-on redouter et à quel rythme l’eau est elle censée monter ?
Pendant longtemps, les chiffres proposés pour la montée des eaux envisagée restèrent inférieur au mètre pour le 21° siècle [1]. L’Hypothèse d’une montée du niveau mondial des eaux de 60 à 80 centimètres restait liée à une incapacité catastrophique à gérer, sur le moyen terme, la production humaine de gaz à effets de serre. Cette estimation reposait sur deux équations et un postulat. La première équation est connue, c’est celle d’Archimède, résumée sur le zinc par la formule dite « du glaçon dans le verre » : lorsque le glaçon fond, il noie le Ricard mais ne fait pas déborder le verre.
C’est ici qu’intervient le postulat. Seul l’hémisphère Nord, pensait-on, très continental et très urbanisé, déboisé et industrialisé, voit augmenter sa température moyenne et fondre ses glaces. Dans l’hémisphère Sud, on a longtemps cru que la tendance était à l’engraissement des glaciers antarctiques. « En 2001 Le Groupe Intergouvernemental d’Etude du Changement Climatique avait prévu une augmentation du niveau de la mer comprise entre 11 et 77 cm d’ici la fin du siècle, mais considérait que la contribution des glaciers de l’Antarctique à ce phénomène serait peu significative » [2] La deuxième équation est donc= -Arctique+Antarctique=0 Du coup, on limitait l’augmentation du niveau des eaux, consécutive au réchauffement climatique à la seule dilatation de l’eau sous l’effet d’un réchauffement estimé le plus souvent à 2°. Cette augmentation devait se faire de façon très progressive et n’était pas supposée faire sentir ses effets, d’ici la fin du siècle ailleurs que sur les îles du Pacifique, au Bengladesh et dans quelques villes européennes littorales, comme Venise, Arles ou Marseille.
Les données globales de l’équation ont changé assez brutalement, confirmant chaque fois les pires hypothèses. Tout d’abord, le Groenland, glacier terrestre, que l’on pensait épargné, vit ses eaux fondre à grande vitesse. Pour l’instant, le cœur du glacier a tendance à emmagasiner des eaux, mais la périphérie fond à très grande vitesse. Si le Groenland était entièrement débarrassé de ses eaux, le niveau moyen des océans grimperait de 7 mètres. Sur l’ensemble des glaciers terrestres, « En 2006 la perte d’épaisseur a atteint 1,5 mètres alors que la moyenne n’était que de 30 cm par an dans les années 1980 » [3].Par ailleurs, l’Antarctique occidental, que l’on pensait stable révèle une fusion accélérée de ses glaciers. En 1995 le plateau Larsen A, long de 75 km et large de 37 km se décrochait puis se fragmentait en icebergs dans la mer de Weddel. Sur la face ouest de la péninsule, le Plateau Wilkins d’une taille de 1 100 km carrés s’est détaché en 1998. Le 19 mars 2002, un satellite de la Nasa observait l’effondrement de Larsen B, d’une surface de 3850 km et 200 mètres de haut, qui contenait 720 milliards de tonnes. de glace. Le 16 mai 2002, un Iceberg de 31 km de long (C19) s’en détacha, emportant avec lui une partie des assurances scientifiques occidentales.
Faisons le point : Si tous les glaciers et la calotte glaciaire fondaient, l’élévation du niveau de la mer serait d’environ 0,5 m. La fonte de l’inlandsis du Groenland produirait 7,2 m d’élévation du niveau, et celle de l’Antarctique en produirait 61,1 m.. Par ailleurs, l’effondrement du réservoir intérieur immobilisé de l’inlandsis de l’Antarctique Ouest augmenterait le niveau de 5 à 6 m. 0,5+7,2+61,1+5=73,8
Une telle élévation du niveau des eaux, mesurée en mètres et non plus en centimètres, est devenu aujourd’hui non seulement un scénario possible, mais même le plus probable : celui d’une incapacité de la société humaine à s’opposer à la logique de profit économique et de maintenir sa production de CO2 sous la barre fatidique de 450ppm. James Hansen, qui dirige le Goddard Institute de la NASA : « Si nous conservons ce niveau de 450ppm suffisamment longtemps, il va probablement entraîner la fonte de toute la glace - ce qui déclencherait une montée du niveau de la mer de 75 mètres. Ce que nous avons observé, c’est que l’objectif que nous avons déterminé ensemble provoquerait un désastre - un désastre garanti ». La déclaration de Hansen au Guardian [4] a fait l’objet d’un compte rendu dans le Monde qui, étrangement néglige de relayer le chiffre de 70 mètres proposé par James Hansen. Par la suite, de nombreux articles sur le net, ont tenté de discréditer Hansen, ses travaux et de faire oublier l’ampleur de son pronostic (ex : http://www.climat-sceptique.com/article-2259758.html). Il faut réaliser pour comprendre ces réticences, l’envergure d’une telle estimation.
En vert, les zones submergées à 70m
70 à quatre vingt mètres d’élévation verticale, soit un immeuble de 25 étages, cela implique l’engloutissement d’une nappe de 200 kilomètres de profondeur le long du littoral. Aujourd’hui, 80% de la population mondiale vit à moins de 200 km des côtes. Le dernier cinquième se trouve au bord des fleuves, qui en cas de relèvement du niveau des eaux, ne manqueraient pas d’alluvionner en conséquence.
La montée des eaux présente, outre une dimension spatiale angoissante, une dimension temporelle à laquelle on évite de penser. A quels types de rythme, cette progression est-elle censée obéir ? La question n’est pas nouvelle et elle se pose, pourrait-on dire, depuis le déluge. Cette inondation majeure, dont on trouve des échos dans toutes les civilisations, de l’épopée de Gilgamesh aux contes amazoniens, en passant par le Chilam Balaam Maya, la Bible et les song lines Aborigènes recouvrit-elle le monde d’un seul coup ou ne toucha-t-elle que des régions localisées à des périodes très différentes ? Le monde a-t-il coutume d’être régulièrement submergé ?
On sait, au moins, qu’à une date relativement récente dans l’humanité (il y a dix à douze mille ans), la fonte des derniers glaciers du quaternaire (le Würm en Europe, Wisconsin aux Amérique) a provoqué une montée des eaux dite « transgression flandrienne » estimée à 120 m qui aurait couvert, une bande de terre littorale de 200 km de profondeur, en moyenne. Quelle proportion de la vie humaine a-t-elle engloutie alors ? Nous faignons de penser qu’elle est minime et de reconstituer l’histoire de nos ancêtres d’après ce que la vague nous en laisse deviner. On peut imaginer ce que diraient les européens du trentième siècle si nous devions subir un tel raz de marée : « la France du 20° siècle était un pays très rural, peuplée de quelques millions d’habitants, et dont la ville principale Clermont Ferrand (la seul ville de France qui n’est ni sur la côte ni sur un fleuve) comptait moins de 150 000 habitants... »
Quelles chances avons nous d’échapper aux plus sombres prédictions ? Rares sont les études misant sur une réduction de la production de gaz à effets de serre, à part en cas de grise systémique globale et de catastrophe humanitaire majeure. Il n’y a sans doute pas beaucoup d’espoir à aller chercher dans une action politique collective déterminée, associant soudain main dans la main, l’Europe, la Russie, les USA, la Chine, l’Inde et le Brésil. Autant attendre l’intervention bienveillante des extra-terrestres. Par contre, de nombreux scientifiques estiment aujourd’hui que le phénomène n’est pas nécessairement déclenché par l’homme qui ne ferait qu’en accélérer les effets et en empirer les conséquences dramatiques.
André Rouseau, du CNRS de Bordeaux affirme que le réchauffement est lié au retournement magnétique en cours : la Magnétopause qui protège la terre des vents solaires ayant tendance à se contracter, la surface d’impact est plus proche du sol ce qui provoque un réchauffement climatique et un certain stress de l’ensemble des formes de vie terrestres, humaines comprises [5] Même si l’humanité prenait soudain conscience d’elle même et adoptait d’un seul coup l’élégance écologique du Lakota, du Dogon ou du Warlpiri, il y a peu de chances que les mouvements en cours s’inversent d’eux mêmes.
Il est peu probable que la montée des eaux annoncée pour le vingtième siècle soit progressive et uniforme. La variété des positions climatiques, topographique et sismique laisse plutôt supposer une multiplication d’évènements de type tsunami, cyclones, ouragans et typhons localisés, sporadiques et brutaux. La prise de conscience collective est d’autant plus délicate à déclencher que chaque accident est considéré comme un drame national et non une catastrophe globale.
Quelle est la morale de la fable bien ou mal comptée à 70 mètres au dessus du sol, d’une vague menaçant le monde entier comme celle qui balaya Sumatra le 26 décembre 2004 ou Nyas le 28 mars 2005 ? On raconte que sur le sable de cette île se trouvait une petite fille qui avait fait de la géographie. Une petite fille qui avait appris à l’école le cri qu’il faut pousser lorsque la mer recule anormalement loin et longtemps comme un chat qui va bondir ou comme un loup qui prend une bonne inspiration avant de souffler sur nos maisons. Ce cri qu’on pousse en cadence, à présent, dans les écoles du Japon, de Singapour, de Djakarta et de Manille c’est : RECULEZ !
Marée haute aux iles Tuvalu
Les Géographes ne sont sans doute pas les seuls à entrevoir l’ampleur de la vague économique, politique, militaire et écologique qui nous menace ou plutôt qui a déjà commencer à précipiter des pans entiers du monde dans leur fin. Mais ils ne peuvent manquer de constater que la seule consigne utile à transmettre à l’humanité, face au raz de marée, est là : reculez ! Abandonnez les zones exposées, fussent-elles riches, tournez vous vers vos intérieurs, vos ressources locales, personnelles. L’ère des circulations gratuites est sans doute bientôt révolue. Reculez vers ceux qui occupent aujourd’hui les positions que vous devrez tenir demain. Comment survit-on à la pauvreté, à l’envahissement de son pays ? Comment se chauffe-t-on sans électricité, comment trouve-t-on de l’eau, que peut-on cultiver ici, de quels animaux puis-je nourrir ? Non pas parce que cela va arriver, mais parce que cela peut arriver et que les plus urbanisés et tertiarisés d’entre nous serons les plus exposés à la vague.
Les dernières élections ont montré que personne, parmi les candidats « éligibles » ne remit en question le question de la croissance, voire de l’orientation de cette croissance. On sent bien que la dimension « réactionnaire » de l’idée de « recul », que sa puissance quasi mystique d’interpellation et que son parfum de repli stratégique sur des positions qu’il nous reste à improviser, c’est à dire au sens propre comme au figuré, de « débâcle », peuvent difficilement être admises par la gauche « classique » de confession laïque et positiviste. C’est donc logiquement la droite, avec son « Grenelle de l’écologie », qui va récupérer le slogan pour en faire un ordre de bataille.
En 1972, devant des menaces écologiques aussi sévères à l’échelle japonaise qu’elles le sont aujourd’hui à celle du globe, le premier ministre Tanaka Kakuei, lourdement remis en question par la population, s’engagea à lancer une politique de rupture avec le modèle industriel capitaliste et de « réconciliation » avec la Terre et avec le peuple japonais. Il fallait, une fois de plus, « ressouder » l’archipel face à la grande vague qui le menaçait. Ce radical changement d’orientation supposait bien sûr un investissement énorme qui serait financé par une production redoublée de l’industrie lourde. En prétendant défendre les intérêts écologique on finança la reprise industrielle à la veille de la première crise pétrolière.
C’est en partie la conséquence de cette gabegie, de ce détournement d’attention écologique qui expliqua l’incapacité de la ville de Kobé à supporter, en 1995, un tremblement de terre que son architecture avait, officiellement anticipé. Il y a fort à parier, dans le contexte actuel que les gouvernements du monde ne seront pas moins capables de détourner à leur profit l’émotion ressentie par la population mondiale aujourd’hui. On nous annonce que chaque seconde, un pauvre meurt de faim, de soif ou de noyade aux portes de nos villes et que leurs blanches murailles sont menacées à nouveau par la misère, la guerre, la maladie et la montée des eaux ! Il est clair que la panique millénariste pourrait à très court terme s’avérer aussi dangereuse que le réchauffement climatique et servir les intérêts d’un groupe voire justifier l’extermination d’une partie de l’humanité au profit de la survie (et de l’asservissement) de l’autre partie. A moins que la dramatisation de la situation ne fasse de quelqu’un comme Bové un Evo Moralès français, il est peu probable que l’état ne soit à nos côtés dans cette lutte. Nous devrons survivre sans lui, voire malgré lui.
Mais le blocage de la situation politique et économique ne doit pas nous tétaniser. C’est à une autre échelle que les individus doivent penser, à l’échelle de la famille, de l’immeuble ou du lotissement, à celle de la communauté Internet aussi dont l’apparition récente doit être un outil d’information, et d’organisation pour envisager les formes d’adaptation possibles en cas de problème majeur.
Peut-être la priorité a-t-elle un jour été de ne pas paniquer les populations. Peut-être personne ne parvient-il a débrancher la pompe à morphine de nos comportements routiniers. Peut-être a-t-on réellement cru que « des petits gestes simples » allaient « sauver la planète ». Ceux qui y croient encore aujourd’hui ne sont pas les mieux informés. Nous avons devant nous quelques années pour choisir la forme que nous désirons donner à la société de demain. Selon qu’elle aura été organisée ou non, la survie de nos sociétés se fera dans un certain ordre ou dans la débâcle. « La civilisation européenne, demandait Gandhi ? Oui, ce serait une bonne idée ! » Il faudra peut-être nous résoudre à voir sa disparition avant que certains n’en aient vu la naissance.
Emmanuel Lézy est Maître de Conférence en Géographie à l’Université de Paris X Nanterre et membre du Laboratoire GECKO